Ernest T.
Face à face, François Coadou, 2026
Semiose éditions
Dans cette conversation érudite avec l'historien et philosophe François Coadou, Ernest T. détaille ses plus audacieux forfaits, glisse quelques méchancetés bien méritées et confie des souvenirs de prime jeunesse. On y suit les rêveries d'un enfant de l'après-guerre, qui déteste déjà la religion, trouve l'école bien ennuyeuse et préfère forger son imaginaire dans les dictionnaires illustrés. L'arrivée à Paris, les arts appliqués, les bouquinistes des quais, mais surtout le climat politique des « événements d'Algérie » et de Mai-68 achèvent sa formation. Au fil de ses premiers boulots alimentaires, il aiguise son style sur la caricature de presse et l'image commerciale, avant de prendre le large vers une pratique plus personnelle.
Dans cet entretien, il se remémore ses rencontres nombreuses avec des figures de premier plan du surréalisme (Maurice Henry, Achille Chavée, Pol Bury, André Balthazar...), du situationnisme, et tout ce que Paris pouvait compter de contestataires actifs attelés à la fabrication d'images décapantes (Cavanna, Topor, Siné,...).
Ernest T.
Avançant sous une identité d’emprunt inspiré d’un personnage comique américain, Ernest T. est un artiste français situé dans la lignée des Arts Incohérents et de Dada. Son œuvre écorne le milieu très codé et sérieux de l’art contemporain dans une entreprise conceptuelle subversive. À coups de détournements, manipulation d’images voire plagiat, rehaussés de jeux de langage et dessins caricaturaux, l’artiste ausculte le monde de l'art sous l’angle de ses turpitudes, cupidités et autres prétentions.
Ernest T. débute ses expériences artistiques dès les années 1960 avec une collection de petits calendriers comiques, qui deviendra sa série des Dessins français. Au cours des années 1980, il crée son pseudonyme et commence à réaliser sa fameuse série de Peintures nulles, envisagées comme le degré zéro de la peinture. En réaction au phénomène de starification des artistes qui estime plus la signature que l’œuvre elle-même, Ernest T. produit en retour des peintures où sa signature s’accumule sur la toile. Elles répondent à un protocole dans lequel le T majuscule peint en trois couleurs primaires, s’imbrique au T voisin selon le principe des pavages de Penrose où deux T de même couleur ne se touchent jamais. Ces combinaisons narcissiques s’intègrent à des saynètes décalées moquant les processus de légitimation de l’art et autres comportements liés à la signature, à l’authenticité, au sens caché de l'œuvre, aux modes, etc.
Ses œuvres font partie des collections du Musée national d'art moderne - Centre Pompidou (FR), du Centre National des Arts Plastiques - CNAP, Paris (FR), du MAMCO, Genève (CH), de l'Institut d'art contemporain de Villeurbanne (FR) et de nombreux FRACs.